Voici l’homme, nu. 

Lumière aveuglante, pleine : concrète. À peine avons nous le temps de le distinguer. Charnel.

Est-ce celui qui doute face à celles et ceux qui demandent sa mort ? 

Douleur immédiate. Tremble-t-il sous sa peau claire ? Mort souveraine. 

SA mort comme un symbole de la douleur universelle de l’Homme confronté à l’angoisse de LA mort, à la brièveté de la vie. Mais aussi l’espoir du salut et peut-être une évocation de la vie éternelle. Un point d’interrogation ouvert sur l’infini…

 

Maintenant, le noir. L’immensité. 

L’homme promis à la fraîcheur d’une ombre éternelle est devenu l’Homme. Il était là, l’instant d’après il ne l’est plus. Ne demeure que le mystère de l’Incarnation et de la mort. Ne rien voir.

 

Ce que nous ne voyions pas précédemment, était-ce non-apparu ou bien invisible ?

Apparaitre. Disparaitre. Devenir présent, perceptible, sensible. 

S’absenter. L’espace laissé vide. Ou creux. 

La vacance.

 

Et nous sommes happé par le vide, comme extrait du monde. 

Par lui — par l’ombre — nous nous immisçons dans un espace sombre dont on ne connaît aucune mesure. Il semble s’appuyer contre lui comme on le ferait avec un autre que soi, pour mieux distinguer ce qui se cache juste derrière.

 

Comment observer ce qui a disparu ? Comment le mettre en évidence.

Le faire revenir ? Le re-présenter ?

Ou plutôt sublimer ? Et représenter.

 

Ne rien entendre.

par l’ombre, nous avançons sans cesse et comme inexorablement dans cet épais silence. Chromatismes singuliers, perturbations imperceptibles. Tout oublier et s’en saisir. 

 

Se laisser derrière soi et enfin franchir le seuil : « le seuil entre le vrai et l’illusoire, entre le quotidien et l’insolite, entre ce qui est vérifiable par l’expérience et ce qu’on ne peut connaître »1

Traverser la frontière et marcher. 

 

Progresser dans cet espace semé de mystère. Voir scintiller la matière, surprendre le frémissement des chairs et écouter leurs musiques, leurs tensions transparentes. Tenter « le récit fantastique (…) celui de la limite : limite de l’être et du non-être, de l’être et du paraître, et, plus essentiellement de l’affirmation et de la négation du sujet » 1.

 

Quels champs du visibles pour rendre l’indiscernable ?

Quelles palettes pour donner l’indicible ?

 

Finalement, poser la question de la disparition c’est interroger les spectres.

 

Nans Martin, Camille Ollagnier, Anthony Lo Papa

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1 Jean Cocteau, le seuil et l’intervalle

 Hantise de la mort et assimilation du fantastique — Enrico Castronovo