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Il n’est pas un lieu, un instant où nous pouvons ignorer que d’autres que nous se mettent en marche et quittent leur terre — par nécessité — pour fuir la mort qu’on leur a promise. À l’autre bout de la route nous nettoyons à l’eau potable les trottoirs où ils dorment enfin. « Là-bas » c’est ici aujourd’hui. Les corps naufragés du grand voyage s’alignent dans l’humidité et la poussière de nos villes pluvieuses. S’endorment dans une réalité moite et se réveillent en sueur dans le mensonge d’un pays qui les laisse pour compte.

 

Ces images — cathodiques — qui se déversaient hier, m’ont bouleversé. Aujourd’hui, la réalité de ces personnes, migrants arrivant encore par vagues jusqu’aux bords des grillages que nous nous dépêchons de dresser, comme la main tendue et le regard de cette fillette chaque soir lorsque je rentre « chez moi » hantent mes journées.

 

Depuis toujours et par essence, l’Histoire est faite d’événements qui nous confrontent quotidiennement à la simultanéité des faits qui composent « l’actualité ». Aujourd’hui l’espace les rassemble et souligne leur contemporanéité.

 

Avec Seul(e). Les Oiseaux j’aimerais travailler à la création d’un objet chorégraphique qui proposerait au public de porter son attention sur cette notion de concomitance. Nous partageons tous le même temps et le même espace malgré nos réalités, et il me semble important de travailler au rassemblement.

 

Comme citoyen, la question de la migration et les problématiques qu’elle soulève interpelle l’artiste contemporain que je suis. En effet, le mouvement nécessaire à mettre en marche ces populations trouve une résonance très particulière en moi, dont le métier est justement d’écrire le mouvement.

 

Aujourd’hui je ne souhaite pas rester un témoin à la marge d’un monde qui se meut toujours plus vers l’indifférence — et la différence — mais plutôt tenter de répondre, à mon endroit, à la nécessité de trouver des points communs à ces différentes réalités. De développer mes outils de composition en regard d’une question qui me dépasse et de les faire converger dans le champ symbolique et poétique qui caractérise mon travail. De proposer au public une autre lecture du monde que nous traversons tous chaque jour « par habitude ».

 

Dans Seul(e). Les Oiseaux le plateau devient le lieu de rencontre d’individus occupés à se mouvoir, à se mettre en marche. Nos regards se portent d’abord vers cette femme « seule » puis vers « les autres » qui emplissent peu à peu le reste de l’espace. Ils se regroupent et s’éloignent, se rapprochent et semblent s’aligner, se déplacent tels ces oiseaux dont nous guettons à chaque saison le passage. Dont nous espérons le retour...

 

Nans Martin